Abstract
Qu'est ce qui peut expliquer l'échec de la stratégie d'implantation du groupe californien Mondavi dans le petit village d'Aniane, situé dans le département français de l'Hérault en Languedoc-Roussillon ? Cet article montre comment les répercussions économiques, politiques, écologiques d'une telle implantation et le bouleversement de l'équilibre environnemental local qui en aurait résulté, ont suscité un foisonnant développement de stratégies entrepreneuriales de nature différente, par anticipation des menaces et des opportunités liées à ce changement potentiel. Ce cas sera aussi l'occasion d'illustrer l'antagonisme entre deux idéaux-types d'entrepreneuriat. Au côté de l'entrepreneuriat libéral nord-américain qui valorise l'innovation et la recherche d'opportunités, pour des raisons qui tiennent à l'idéologie de libre concurrence, il est possible d'évoquer une forme d'entrepreneuriat corporatiste qui génère une forte pression de solidarité entre entrepreneurs face à l'adversité. A l'instinct de compétition anglosaxon, on peut opposer l'instinct de protection des rentes de situation et l'évitement des menaces qui semble davantage correspondre au cas français. L'affaire Mondavi et les multiples blocages et incompréhensions qu'elle a suscités, fournit une illustration des différences culturelles qui distinguent les nord-américains des français sur la façon d'entreprendre mais aussi les différences culturelles dans le secteur du vin qui oppose la culture de l’offre à la française et la culture de la demande à l’américaine. Enfin, cette affaire met aussi en évidence l’impact de la mondialisation sur les territoires. Dans cette affaire, les opposants au projet Mondavi ont mobilisé le territoire dans le cadre d’une stratégie que nous pourrions qualifier « d’altermondialisation ». L’affaire Mondavi n’est-elle pas une illustration singulière d’un phénomène qui risque de se généraliser dans les années à venir ?