Abstract
Dans le Soudan pluraliste et mondialisé d’aujourd’hui, les modèles et les valeurs relatifs à la parentalité sont multiples et ne peuvent pas être réduits aux normes culturelles et religieuses d’une société à dominante arabe et musulmane. Dans le cas examiné dans cette contribution, l’intégration capitaliste genrée recoupe de manière créative un mouvement autochtone patriarcal parmi les migrants nouba qui vivent à Dar es-Salaam, un quartier aménagé pour la réinstallation de déplacés internes, à la périphérie de Khartoum. En modifiant le proverbe africain « Il faut tout un village pour élever un enfant », notamment utilisé par Hillary Clinton (1996) pour exprimer que la collectivité et l’entourage d’un enfant sont aussi importants que ses parents, j’entends montrer que le marché est une nouvelle ressource contestée, mais nécessaire qui doit être soigneusement intégrée aux valeurs anciennes de la collectivité relatives à la parentalité. Tandis que le modèle capitaliste/libéral met l’accent sur l’autonomie et l’individualisme des mères pour assurer le bien-être des enfants, le modèle autochtone et dominant reconnaît une valeur à la fois aux modèles collectifs coutumiers et, désormais, à la communauté chrétienne. Dans ce contexte, la parentalité est un dispositif qui se déploie à l’intersection de ces deux sphères contradictoires de valeur genrée. S’appuyant sur un dispositif moral et économique inédit, les mères nouba moro ayant des revenus propres sont plus susceptibles de demander le divorce en faisant appel aux tribunaux islamiques. Ce phénomène radical et stigmatisant va à l’encontre des normes morales de la communauté chrétienne à laquelle ces mères appartiennent ; leur identité ethnique en tant que Nouba Moro étant en grande partie construite en opposition à la culture soudanaise majoritairement musulmane et supposément arabe ; les Moro percevant en effet cette dernière comme ayant détruit leur identité et leur mode de vie antérieurs.