Abstract
L’ouvrage de Swann Bommier et Cécile Renouard s’inscrit dans un débat de fond qui vise à questionner la définition de l’entreprise et sa capacité à servir les besoins de nos sociétés. Ce débat touche la France mais également de nombreux pays occidentaux qui souhaitent voir les entreprises limiter les conséquences de leurs activités sur la société et l’environnement mais également œuvrer pour le bien commun. L’ouvrage s’appuie sur un historique important de publications et d’études empiriques qui lui donnent un caractère construit et particulièrement bien documenté. Le projet de redéfinition de l’entreprise proposé par les auteurs est motivé par un constat : les démarches de Responsabilité Sociale et Sociétale de l’Entreprise (RSE) sont insuffisantes et n’apportent que des solutions partielles aux défis sociétaux et environnementaux contemporains. Près de 20 ans après l’appel de Kofi Annan, alors Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), à plus de responsabilité sociale de la part des entreprises et après de multiples initiatives de la part des gouvernements en faveur de tels programmes, les auteurs reviennent sur le peu d’avancées obtenues. Comme le souligne Gaël Giraud en préambule de l’ouvrage, les initiatives en matière de RSE ont un impact limité car « les dégradations écologiques s’accélèrent ; les émissions de CO2 continuent de croître, les cultures et les langues disparaissent sous le coup d’une uniformisation croissante ; l’aliénation des corps et la colonisation des imaginaires par la sphère marchande se font plus subtiles et donc plus profondes » (Giraud, 2018, p. 16). Pour Swann Bommier et Cécile Renouard, il est clair que cette situation provient d’un vice de forme des théories de la RSE, à commencer par la théorie des parties prenantes.