Abstract
Les programmes d’enseignement de l’entrepreneuriat se développent un peu partout dans le monde. Fiet (2001) et Fayolle (2000), respectivement pour les Etats-Unis et pour la France, décrivent clairement les évolutions en-cours. Ces développements entraînent l’émergence de problèmes qui se posent à différents niveaux. C’est ainsi que la question de l’évaluation des enseignements est probablement une des plus importantes tant au niveau social qu’à celui de la recherche. Fréquemment, les programmes d’enseignement de l’entrepreneuriat sont mis en oeuvre avec le concours actif d’acteurs de l’environnement économique et politique. Ces derniers attendent généralement des résultats concrets en termes de création d’entreprises et de génération d’emplois. Le problème est que l’évaluation dans ce domaine est une question complexe et que les indicateurs pertinents sont aujourd’hui peu nombreux. Quelques travaux de recherche montrent bien cette difficulté et tentent d’éclairer partiellement la question posée. Vesper et Gartner (1997) ont ainsi identifié pas moins de 18 indicateurs pour évaluer les formations et les programmes dans ce domaine. Dans ces conditions, quels sont les plus pertinents ? Si le choix des indicateurs n’est pas évident, la mesure apporte elle aussi son lot de complications. Block et Stumpf (1992) montrent notamment l’existence d’effets retardés dans ce phénomène. Par exemple, à quel moment faudrait-il mesurer la création d’entreprises et la création d’emplois directement imputables à une formation à l’entrepreneuriat ? A la fin du programme ? Six mois ou trois ans après ? En définitive, les travaux montrent bien que le champ des programmes de formation en entrepreneuriat est très diversifié et hétérogène, en raison de la variété des objectifs pédagogiques, des publics, des contenus, des profils d’enseignants, des approches et des méthodes pédagogiques, etc. Le but de ce travail est de montrer qu’il est possible de réduire certaines de ces difficultés en reconsidérant et en reformulant la question de l’évaluation, telle qu’elle est généralement posée. Il nous semble que le résultat le plus important des programmes d’enseignement de l’entrepreneuriat n’est pas la création d’une entreprise, mais pourrait être, parmi les étudiants et autres individus formés, des changement d’attitudes et d’état d’esprit, et le développement d’une orientation entrepreneuriale mesurée en utilisant le concept d’intention. Nous proposons donc un cadre conceptuel destiné à évaluer les programmes d’enseignement de l’entrepreneuriat. Il utilise la théorie du comportement planifié (Ajzen, 1991 et 2002) qui pourrait nous permettre de mesurer, sous l’influence de variables indépendantes liées à des programmes et des processus d’enseignement de l’entrepreneuriat, des changements d’attitudes envers le comportement entrepreneurial. L’idée principale de notre travail est de considérer qu’il est souhaitable et possible de concevoir un outil de mesure dynamique utilisant la théorie du comportement planifié pour évaluer les programmes d’enseignement de l’entrepreneuriat. Les implications de notre travail concernent en premier lieu la communauté des chercheurs du domaine. Nous ouvrons quelques perspectives de recherche intéressantes dans le champ de l’éducation et de l’enseignement de l’entrepreneuriat. L’une d’entre elles concerne l’étude et l’analyse des changements d’attitudes et de l’évolution de l’intention entrepreneuriale au cours des processus de formation. Les implications s’adressent également aux enseignants et aux formateurs. L’approche dynamique présentée pourrait leur permettre d’améliorer leur compréhension des mécanismes en jeu dans les processus d’enseignement de l’entrepreneuriat et d’en tirer des conséquences pour l’action, par rapport à des objectifs recherchés. Les implications concernent, finalement, le monde économique et social. Les hommes politiques et les décideurs ont probablement besoin de s’interroger et de reconsidérer leurs idées et leurs visions à propos des effets induits par des programmes d’enseignement et de formation à l’entrepreneuriat. Le résultat le plus important est moins la création d’une entreprise supplémentaire par un étudiant ou un jeune diplômé, mais l’émergence et la diffusion de l’esprit d’entreprendre à l’intérieur des universités et dans les territoires.