Abstract
Cet article traite de la question de l'articulation entre croissance économique et institutions sur la base d'un cas d'espèce : les institutions de la propriété au Sénégal. Peut-on dire que le retard qu'accuse le développement économique du Sénégal est dû à la faiblesse de ses institutions économiques, et notamment à l'absence de droit de propriété privée? Dans la première partie, l'article définit les différentes acceptions de la notion de propriété au Sénégal, qui va de la propriété familiale traditionnelle jusqu'à la propriété coloniale et privée. La diversité de cette notion rend difficile une compréhension de la propriété comme étant « universelle ». Dans la seconde partie, l'article montre que le Sénégal actuel n'a pas substitué ces différents régimes de propriété mais qu'il les a accumulés. Il y a ainsi différentes façons d'appréhender la propriété qui interfèrent. En se centrant sur la question de la propriété des entreprises, l'article conduit alors à la conclusion paradoxale selon laquelle l'inefficacité économique n'est pas une conséquence de droits de propriété privés mal définis, mais résulte d'une contradiction entre la propriété dite traditionnelle et la façon dont les entreprises sont gouvernées, laquelle n'est précisément plus traditionnelle., This article looks at the question of the interrelatedness between economic growth and institutions based on a specific case: the property institutions in Senegal. Can we say that Senegal's delayed economic development is due to the weakness of its economic institutions, and in particular to the absence of private property rights? In the first part, the article defines the different meanings of the notion of property in Senegal, from traditional family property to colonial and private property. The diverse nature of this notion makes it difficult to understand property as being "universal." In the second part, the article shows that the Senegal of today has not substituted these different property regimes but has accumulated them. Therefore, there are different ways to view property that interfere with each other. By focusing on the question of corporate property, the article leads to the paradoxical conclusion that economic inefficiency is not a consequence of poorly defined private property rights, but results from a contradiction between the so-called traditional corporate property and the way that firms are governed, which is no longer precisely traditional.