Abstract
Dans cet article, nous étudions une association de l'Économie Sociale et Solidaire (ESS), actrice de l'innovation sociale, qui promeut l'émancipation des enfants et des jeunes dans un contexte de concurrence et réduction des fnancements. À partir d'entretiens et d'une analyse de documents, nous cherchons à comprendre comment le contrôle de gestion est utilisé pour piloter cette organisation, dans un contexte de tensions entre logiques fnancières et missions sociales. Ce pilotage est incarné à la fois par des acteurs et par des outils. Pour répondre à plusieurs interlocuteurs, le contrôle de gestion se segmente en trois espaces : 1/ la négociation des marchés publics pour assurer la viabilité fnancière et " jouer avec le jeu politique " des élus etdes collectivités, 2/ le pilotage de la masse salariale et la lutte contre la précarité et le temps partiel des salariés, 3/ la mise en marche de plans pour former les salariés et de projets innovants pour émanciper enfants et adolescents. À travers l'étude de l'hybridation au jour le jour et la segmentation dans le travail du contrôle de gestion, nous proposons deux contributions à la littérature en contrôle de gestion sur les organisations de l'ESS et les organisations à but non lucratif. Nous mettons en évidence l'usage du contrôle de gestion dans un contexte structurellement générateur de tensions où une vision pragmatique des situations est permise par l'hy-bridation au jour le jour. Les usages pluriels et situés du contrôle permettent au contrô-leur de gestion de prendre sa place en tant que " partenaire d'innovation sociale " avec toutes les limites que cette posture comporte. Nous soulignons ensuite ce que ce posi-tionnement permet pour la réhumanisation d'un métier essentiel et la mise en œuvre d'une ofre de prestations innovantes dont on ne cherche pas à mesurer le résultat.