Abstract
La recherche montre que les lanceurs d’alerte sont généralement mal perçus par les organisations et que ceci influence les décisions qui les concernent en termes de gestion des ressources humaines. En particulier les entreprises semblent peu enclines à recruter un salarié ayant dénoncé une pratique anticoncurrentielle comme l’entente. Pourtant, le nombre de dispositifs de lancement d’alerte se multiplie et la pénalisation à l’encontre des dirigeants reconnus coupables d’entente concurrentielle se renforce très fortement. Notre étude qualitative explore les réactions de cadres dirigeants (9 personnes ont été interviewées) concernant leur décision de recruter et le pouvoir explicatifde leurs sentiments de justice. Il apparaît que lorsque l’alerte concerne une entente concurrentielle, les participants à l’étude jugent l’acte de dénonciation distributivement injuste (l’entreprise ne mérite pas d’être dénoncée) et ce sentiment d’injustice les entraîne à refuser le recrutement. Les perceptions de justice procédurale ne viennent pas nuancer cette position : quelle que soit la démarche suivie par le lanceur d’alerte, dénoncer une entente est jugé comme injuste envers l’entreprise. La discussion met l’accent sur l’apport théorique et managérial de ces résultats.