Abstract
La recherche sur la rémunération des dirigeants a une longue histoire académique et intéresse de manière croissante le public et les média qui en font un sujet crucial de l'actualité économique. Cet attrait est renforcé par la généralisation du système de rémunération par stock-options, élément crucial pour comprendre les mécanismes complexes qui sont à l'oeuvre et l'évolution du rapport de force entre actionnaires et dirigeants dans un cadre de démocratisation du gouvernement des entreprises. Le contrôle et la maîtrise de la rémunération des dirigeants ne sont plus aujourd'hui des sujets tabous et, au contraire, ils apparaissent comme un enjeu important dans l'évolution des rapports de pouvoir entre propriétaires de l'entreprise et dirigeants chargés de la gouverner. Dans cet article, cette évolution est mise en relief avec la crise de légitimité qui frappe le personnel dirigeant des grandes entreprises cotées. La dénonciation publique des rémunérations des dirigeants apparaît en effet comme le résultat d'une remise en question de la légitimité du pouvoir dont ils disposent et du bien-fondé des principes qui fondent la légitimité technocratique. Nous montrons comment, à notre sens, l'évolution de la rémunération des dirigeants (partie variable croissante, publication des rémunérations) accompagne une prise de conscience de la part des dirigeants quant à cette crise de légitimité et une réaction de leur part consistant à en intégrer les principaux arguments. Dans la nouvelle configuration, nous soulignons l'importance cruciale du marché qui devient, par intégration des éléments de la critique, le nouveau «principe supérieur commun» servant de socle au processus de légitimation du dirigeant et permettant de justifier des rémunérations qui, paradoxalement, continuent de croître à un rythme élevé. Nous émettons cependant des réserves quant à la possibilité pour les dirigeants de mobiliser cette convention marchande dans le cadre d'une critique portée par des acteurs divers et renouvelée autour de nouveaux thèmes et enjeux., Research on CEO compensation has a long academic history and the subject has recently sparked the interest of the public and the media who make of it a compelling part of current economic trends. This enthusiasm is reinforced by the generalization of stock-options, an element crucial to the understanding of the complex mechanisms of CEO compensation and the evolution of the owner/manager equation within a framework of corporate governance demoralization. Within this framework, the control of CEO compensation is no longer a taboo subject. On the contrary, it appears as an important stake in the evolution of the power relationship between CEOs and shareholders. In the article, this evolution is examined through the lens of the crisis of legitimacy which strikes the CEOs of public companies. The public denunciation of CEO compensation appears as the result of the questioning of their legitimacy and of the underlying technocratic principles. We discuss how the evolution of CEO compensation accompanies their awareness of this crisis, with the reaction from their part consisting in the integration of the principal elements of that criticism. In the new configuration, we stress the crucial importance of the market which becomes the new "common superior principle" used as the basis of the process legitimating the CEOs and allowing the justification of their remunerations which, paradoxically, continue to grow at a high pace. However, we add some caveats as to the possibility for CEOs to mobilize this commercial convention within the framework of a criticism stemming from various actors and renewed around new topics and stakes.