Abstract
Pierre-Jean est responsable de la gestion et de l’accueil d’un afflux de rapatriés de pays africains se présentant à Roissy-Charles Gaulle à l’issue d’une série d’événements politiques locaux ayant conduit le gouvernement français à ordonner ce rapatriement. Pour l’aéroport, cet événement est géré sur le mode crise. Il faut absorber rapidement de très nombreux rapatriés déjà déstabilisés par les violences et le déménagement à la va vite qu’ils ont du subir. Réveillé dans la nuit, Pierre-Jean passe des dizaines de coups de téléphone pour mobiliser les équipes du dispositif et mettre en place la logistique nécessaire à l’accueil des rapatriés. Ceci fait, il fonce à l’aéroport pour assurer l’accueil des premiers arrivés, règle plusieurs détails, répond aux incessants appels et réagit en même temps aux questions des journalistes déjà sur place. La pression monte vite. Pierre-Jean se laisse peu à peu déborder par tous les problèmes qui s’accumulent. Plus il cherche à y répondre plus ceux-ci se font pressants. La situation commence progressivement à le dépasser. Puis, à bout de nerfs, il s’effondre en larmes totalement pris par les événements. Un insupportable sentiment d’impuissance le submerge. Les pensées affluent malgré lui. Il se surprend à blâmer sa hiérarchie qui ne le soutient pas dans ce qu’il ressent à présent comme une épreuve. Puis les blâmes se font reproches personnels contre sa responsable directe, toujours absente dans les situations difficiles, plus occupée à se valoriser en réunion qu’à l’aider dans cette difficulté. Les reproches se transforment en réactions plus générales sur cette organisation qui décidément se caractérise par son inhumanité. Progressivement un retournement se produit. Pierre-Jean prend conscience de son erreur : à trop vouloir gérer seul le dispositif d’urgence, il s’est isolé au point de se retrouver la seule personne de référence. Il est celui sur qui tout repose, de la logistique à la réponse aux journalistes. Il lui vient alors l’idée de demander de l’aide et son appel à sa hiérarchie suscite l’étonnement. En effet, son correspondant lui signifie sa surprise : « Pourquoi ne l’a t il pas appelé plus tôt ? ». Il lui assure son soutien et se charge immédiatement de mobiliser des renforts pour achever la mission d’accueil.