Abstract
Les strictes fusions entre égaux constituent un phénomène très rare. Pourtant, un nombre croissant de dirigeants ‘maquillent’ ou ‘communiquent’ sur l’aspect égalitaire des fusions et acquisitions qu’ils conçoivent et déploient. Daimler-Chrysler, AOL-TimeWarner, ou à une moindre échelle, BioMérieux-Pierre Fabre Alliance, il ne se passe plus une opération qui ne soit présentée comme un mariage égalitaire entre partenaires consentants. Dans cet article, nous expliquons pourquoi les dirigeants maquillent leurs F&A en ‘fusions entre égaux’, puis montrons en quoi le postulat égalitaire initial accroît la probabilité de conflits entre deux normes de justice distributive pourtant complémentaires: l’égalité et l’équité. Nous présentons un cas extra-ordinaire : la fusion égalitaire en décembre 2000, puis la séparation 18 mois plus tard, des entreprises BioMérieux et Pierre Fabre. Les résultats empiriques valident le modèle initial, notamment l’existence de deux processus défavorables à l’intégration post-fusionnelle. In fine, et paradoxalement, la simple formulation en terme égalitaire des opérations de F&A favorise l’émergence et la diffusion de sentiments d’injustice distributive, ce qui nuit à la mise en oeuvre, donc à la performance de l’opération., Strict mergers of equals are a marginal phenomenon. Yet, a growing number of top managers ‘disguise’ or communicate on the equality quality of the mergers and acquisitions which they conceive and implement. Daimler-Chrysler, AOL-TimeWarner, or in a smaller extent, BioMérieux-Pierre Fabre Alliance, most deals now are presented as equal marriage between willing partners. In this article, we explain why the top mangers disguise their M&A as mergers of equal, then demonstrate how the initial postulate of equality increases the likelihood that equality and equity, the two dominant norms of distributive justice, though complementary, conflict each other. Empirically, we draw from an extra-ordinary case : the equal merger between BioMérieux and Pierre Fabre in December 2000, and their separation 18 months later. Empirical results support the theoretical model, notably the existence of two processes that ruin the post-merger integration. In brief, and paradoxically, the simple formulation of M&A deals in equal terms arouses the emergence and diffusion of feelings of distributive injustice, which are detrimental to the implementation, hence the performance of the deal.